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Note sur le Marché des forêts en 2023
© Marie-Alice Loiseau - Forêt Patrimoine

Note sur le Marché des forêts en 2023

- Une étude de fond menée sur le terrain et sur la base des données des notaires de France DVF par Benoit Loiseau

Cette note aborde l’évolution du marché des forêts au cours des 20 dernières années, en examinant les fluctuations des prix et des volumes, les causes de ces variations, les nouveaux acteurs qui ont émergé, ainsi que les défis économiques qui se dessinent à l’horizon 2023. Elle met également en lumière les nouvelles tendances qui se manifestent au sein de ce marché, où la valorisation des services écosystémiques, telle que la protection de la biodiversité et la capture du carbone, prennent une place croissante.

Secteur économique incontournable, les forêts françaises, qui représentent 25 % du territoire, jouent un rôle central pour la ressource en bois et le maintien de la biodiversité et des paysages.

Si le marché des forêts français a globalement été marqué par une tendance haussière tant en termes de volume échangé que de prix au fil des décennies, celui-ci a connu un parcours complexe, réagissant aux tendances économiques, aux événements historiques et aux évolutions environnementales.

Cette étude cherche à éclairer les acteurs du secteur, les investisseurs et les passionnés sur les défis et les perspectives qui guideront l’avenir du marché des forêts françaises.


Évolution des volumes et des prix

Au cours des deux dernières décennies, le marché des forêts français a connu des fluctuations significatives tant en termes de prix que de volumes.

À partir du milieu des années 1990, les surfaces échangées sur le marché des forêts connaissent une remontée progressive mais enrayée par les tempêtes de 1999 ; les volumes se stabilisent autour des 100 000 ha chaque année. Un regain d’activité est enregistré jusqu’en 2008, où la barre des 120 000 ha est presque atteinte. La crise financière qui éclate à la fin de l’année 2008 donne un coup d’arrêt à cette hausse. Les années suivantes affichent dès lors, une tendance haussière.

 

Focus sur l’année 2022 :

En 2022, avec plus de 155 000 hectares de forêt cédés en France, on observe une augmentation des ventes de + 4,6 %. En valeur, en 2022, le marché a été particulièrement dynamique et il représente 21 850 transactions pour 2,32 milliards d’euros.

Quant à l’évolution des prix, ils ont progressé de 140 % en 10 ans. Les prix maximum, qui concernent les forêts « exploitables », ont augmenté de 3,3 % par an. Sur le marché des forêts de plus de 100 hectares, la demande reste très soutenue face à une offre encore plus limitée (26 % des surfaces) que les années précédentes (moins de 120 transactions).

Les causes des variations des prix et les nouveaux acteurs

Historiquement, le prix des forêts était guidé par deux facteurs : le prix du bois et le prix des terres agricoles. À partir des années 2000, le prix du bois entre dans une période de forte volatilité après la forte baisse post-tempête de 1999. Depuis, la tendance globale est à l’augmentation.

La demande mondiale pour le bois français, en particulier pour le chêne, a été un facteur clé de soutien des prix. Les résineux connaissent une demande liée au secteur de la construction. Au sein des acquéreurs, il semble faire consensus que le prix du bois est voué à se maintenir à long terme.

La progression du prix des forêts semble aussi être liée à la baisse des taux d’intérêt. Comparativement aux autres classes d’actifs, la forêt avec son taux de rendement naturel de 2 % attire des investisseurs en quête d’un rendement et d’un actif non corrélé aux marchés financiers.

L’arrivée de nouveaux acteurs, notamment les Groupements forestiers d’investissement, mais aussi le retour d’institutionnels dans l’investissement forestier entrainent une tension sur les gros massifs.

La multiplication des ventes par appel d’offres, qui devient une pratique de plus en plus courante, prouve la tension sur le marché tout en ayant une incidence sur la hausse des prix.

En 2023, le marché des forêts français est confronté à de nouveaux défis économiques.

Depuis le début de l’année 2023, les indicateurs économiques de la zone euro ont confirmé une contraction de l’activité. Les entreprises signalent une diminution des nouvelles commandes, tandis que la dynamique de maintien de l’emploi semble avoir changé.

Les données montrent également un resserrement rapide des conditions monétaires. Les taux sur les nouveaux prêts bancaires ont augmenté. Cette augmentation des taux d’intérêt a entraîné une forte diminution des nouveaux prêts aux entreprises et à la construction.

L’inflation a augmenté les coûts de production, tandis que le ralentissement de l’industrie de la construction, malgré un marché de l’immobilier en forte tension, a réduit la demande pour le bois.

Cela étant, le marché du bois semble tenir le coup. En 2022, le marché de la construction en bois en France a connu une croissance remarquable, soutenue par une nouvelle réglementation appelant une utilisation accrue du bois dans les constructions neuves. Le chiffre d’affaires du secteur s’est ainsi élevé à plus de 4,6 milliards d’euros, enregistrant une augmentation de 14,3 % par rapport à 2020 en valeur et de 5 % en volume.  Cette croissance a été soutenue par le marché de la construction en bois, la rénovation et l’extension des bâtiments et démontre que l’investissement forestier demeure une bonne protection contre les difficultés économiques et l’inflation.


Les nouvelles motivations et l’avenir du marché

De nouvelles motivations parmi les acteurs du marché ont été suscitées par le développement d’initiatives visant à valoriser les services fournis par la forêt en matière de biodiversité et de captation de carbone. Grâce à différentes mesures compensatoires, la conservation des espaces forestiers et la pratique d’une gestion durable de la ressource offrent maintenant de nouvelles sources de revenus pour les propriétaires forestiers.

Le marché volontaire du carbone connaît une croissance significative. Les forêts sont d’importants puits de carbone et la dernière décennie a été marquée par le développement de différents mécanismes, tels que les crédits-carbone, qui permettent de valoriser cette réalité. Les programmes de conservation, tout comme le choix d’appliquer une gestion plus durable de la ressource peuvent aujourd’hui générer des revenus complémentaires non négligeables pour les propriétaires forestiers. En France, le système de valorisation du carbone forestier repose principalement sur le label bas-carbone, qui encourage des méthodes visant à accroître le stockage existant. Différents programmes de certification internationaux, encore peu appliqués en France, offrent également de belles opportunités pour valoriser le potentiel forestier en la matière.

Parallèlement, la préservation de la biodiversité devient également un domaine de valorisation des forêts. En particulier, les mesures compensatoires qui sont nécessaires pour corriger les atteintes à la biodiversité résultant de projets. Les forêts jouent un rôle en offrant des opportunités de compensation, notamment par la préservation et l’entretien d’habitats naturels et d’espèces.

Les forêts françaises peuvent jouer un rôle majeur dans la lutte contre le changement climatique et la préservation de la biodiversité, tout en offrant des sources de revenus nouvelles et durables pour les propriétaires forestiers.

 

Conclusion :

Depuis 20 ans, le marché des forêts françaises est un secteur dynamique qui a connu des périodes de croissance et de transformation. Les fluctuations des prix et des volumes ont reflété une série d’influences, dont des facteurs économiques tels que les taux d’intérêt, la demande de bois, et des événements historiques comme la tempête de 1999 et la crise financière de 2008.

Depuis quelques années, on observe une augmentation des ventes et des prix, reflétant la vigueur de ce secteur. Les investissements dans la construction en bois et la demande pour des produits durables a contribué à maintenir la croissance du marché.

À l’horizon 2024, de nouveaux défis économiques se profilent, notamment une contraction économique, des taux d’intérêt en hausse et des pressions inflationnistes. Ces défis posent la question de l’évolution du prix des forêts.

Pour l’instant, le marché des forêts français est loin de s’essouffler. Il semble se tourner vers un avenir où la biodiversité et la capture du carbone deviennent des moteurs importants.

En fin de compte, le marché des forêts français se trouve à un moment charnière : historiquement structuré par le bois et la valeur du foncier, il rencontre de nouveaux vecteurs de croissance. Nous sommes en droit d’espérer que ces mesures d’encouragement contribueront à réduire les effets du réchauffement climatique et, ce faisant, que ces nouvelles sources de revenus soient en mesure d’assurer encore la croissance du prix des forêts.