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Note 2025 sur le marché des forêts français
© Forêt Patrimoine

Note sur le marché des forêts en 2024

- Une étude Forêt Patrimoine - Comité des Forêts


In 2024, the French forestry market continued on a complex trajectory, characterized by both a normalization after two exceptionally dynamic years and structural signals confirming its long-term solidity. 

 

I – UN MARCHÉ CONTRASTÉ MAIS BIEN VIVANT

En guise d'éclairage, nous proposons cette année encore une analyse croisée de la base nationale des ventes immobilières avec l’ensemble des transactions réalisées par notre équipe sur le terrain.

Cette démarche repose sur un périmètre restreint aux ventes en pleine propriété, excluant les cessions de sociétés et parts de groupements forestiers. Elle permet toutefois d’obtenir une lecture précise de la réalité du marché, au plus près des biens effectivement vendus.

A titre indicatif, parmi les 23 massifs forestiers vendus par Forêt Patrimoine en 2024, seule une transaction de plus de 450 hectares, s'est conclue sous la forme de cession de "parts de groupements forestiers".

Nous nous efforçons donc d’obtenir ici une lecture précise de la réalité du marché, au plus près des biens effectivement vendus.

Ce postulat de départ posé, nous constatons que l’année 2024 confirme l’attractivité de la forêt française. Après le recul observé en 2023, les surfaces échangées repartent à la hausse pour atteindre près de 148 700 hectares selon les données publiques, soit une progression de 4,8 % en un an.

Le volume financier total repasse le seuil des deux milliards d’euros, signe que la demande reste robuste dans un contexte économique pourtant marqué par la pression inflationniste et un niveau d’incertitude géopolitique élevé. Le marché demeure vivant, profond, animé par une pluralité d’acteurs dont les motivations se diversifient.


II - LE RÔLE DÉTERMINANT DES GRANDS MASSIFS

Entre 85 et 125 000 ha de forêts sont échangés par an. Nous remarquons que, à l’image de la forêt privée française, le plus grand nombre de transactions représente des petites parcelles. Le marché se contracte pour les domaines forestiers de plus de 100 ha. Si ces derniers ne représentent qu’une centaine de transactions par an, ils représentent près de 30 % des surfaces échangées chaque année.

Cette dynamique générale est tirée par une catégorie bien spécifique : les grands massifs. Les transactions de plus de 100 hectares progressent nettement, avec une hausse de 10,2 % en nombre, 13,8 % en surfaces et plus de 20 % en valeur. Ce segment, bien que peu volumineux, il se résume à environ 150 transactions par an, exerce un poids important sur les tendances nationales, car ces opérations portent souvent sur des forêts bien structurées et à fort potentiel sylvicole.

Pour autant, le coeur du marché reste composé de petites forêts : près de 89 % des ventes concernent moins de dix hectares, un segment désormais stabilisé sur des volumes proches de 19 000 transactions annuelles.

 

III – UNE LECTURE DES PRIX A MANIER AVEC PRUDENCE

 

L’interprétation des prix appelle quant à elle à une certaine prudence.

L’indicateur publié par la SAFER annonce un prix moyen national de 4 850 €/ha, en hausse de 2,2 %. Cette donnée, calculée par modèle hédonique et après élimination des valeurs extrêmes, est un outil utile pour suivre des tendances larges mais reste très éloignée de la réalité observée par les professionnels. Elle repose sur une analyse de 1 860 transactions / 148 700 ha, incluant biens mixtes agricole, forêt et bâtis.

Non seulement cette méthode écarte les transactions les plus élevées, pourtant en forte augmentation, mais elle sous-estime aussi la valeur des biens mixtes via des abattements forfaitaires importants et ne reflète pas correctement la valeur intrinsèque des massifs comprenant un stock de bois conséquent. Une reconstitution brute des prix, issue du rapport entre le volume financier total et les surfaces échangées, porte la moyenne autour de 13 500 €/ha, soit près de trois fois le prix officiel annoncé par la SAFER. Ce simple écart illustre la nécessité d’une lecture plus fine du marché, particulièrement pour les investisseurs engagés sur des montants significatifs.

Nos propres analyses, fondées sur un périmètre plus homogène (13 752 transactions représentant 103 775 ha) et recentré sur les biens en pleine propriété, aboutissent à une moyenne de 5 249 €/ha en 2024, en repli d’environ 9 % par rapport à 2023. Cette baisse ne traduit pas une diminution de la valeur réelle des forêts, mais plutôt un effet de composition : l’échantillon 2024 comportait moins de très grands massifs qui, du fait de leur rareté, exercent habituellement un effet d’entraînement sur les statistiques.

Par ailleurs, plusieurs forêts de grande qualité ont été transmises en 2024 via des cessions de parts de groupements forestiers. Ces opérations, exclues de notre périmètre, sortent mécaniquement les massifs les plus haut de gamme de nos calculs et contribuent à lisser la valorisation moyenne observée.

Ces variations rappellent que les moyennes nationales doivent être appréhendées avec prudence : elles reflètent autant la conjoncture que la nature des biens mis en vente.

IV - DE FORTES DISPARITÉS RÉGIONALES

Les marchés du Grand Est et du Massif Central enregistrent une reprise sensible, portée par la demande industrielle et la qualité de l’offre.

L’Ouest et le Nord–Bassin parisien atteignent des niveaux historiques, respectivement autour de 6 900 €/ha et 7 670 €/ha, confirmant leur statut de zones particulièrement recherchées.

La région Alpes–Méditerranée–Pyrénées et le Sud-Ouest demeurent plus hétérogènes, parfois en léger retrait selon la nature des essences et l’appétit local des acquéreurs.

Au-delà des prix moyens, l’amplitude reste considérable : dans une même région, un hectare peut valoir du simple au triple en fonction du stock de bois sur pied, de la structure des peuplements, de l’accessibilité, ou encore de la présence de peuplements arrivés à maturité. Pour les massifs bien constitués, la valeur du stock peut représenter 80 à 90 % du prix total.

V - DE NOUVEAUX PROFILS D'ACQUÉREURS

L’analyse des profils d’acquéreurs confirme une lente transformation du marché. Les particuliers restent majoritaires du côté des vendeurs. À l’achat, les personnes morales tel les banques, les assurances, les investisseurs privés et institutionnels progressent fortement, avec plus de 32 000 ha acquis en 2024, soit +26 % en un an. Les groupements forestiers reculent légèrement, tout comme les acteurs agricoles, désormais minoritaires en volume.

Les grands massifs attirent de plus en plus d’acquéreurs non locaux : près de la moitié des acheteurs de forêts de plus de 100 ha viennent d’une autre région, ce qui témoigne d’une vision d’investissement moins ancrée territorialement qu’auparavant.

Notons également que la tension entre l’offre et la demande demeure un élément structurant du marché. Valeur refuge, les forêts mises en vente restent relativement rares et cette rareté structurelle contribue au maintien des valorisations malgré un environnement macroéconomique moins favorable.

Les motivations d’achat évoluent également : la recherche d’un actif tangible et transmissible, mais aussi l’intégration croissante des enjeux environnementaux. Les potentiels revenus alternatifs liés au carbone et à la biodiversité élargissent les sources de création de valeur et renforcent l’intérêt des investisseurs. La montée en puissance des dispositifs de compensation ou de valorisation des services écosystémiques joue désormais un rôle non négligeable dans les stratégies d’acquisition, tout comme, dans une moindre mesure, le marché carbone.

 

VI - L'IMPORTANCE DE L'INVENTAIRE

Pour apprécier la valeur réelle d’un actif forestier, les moyennes nationales ne suffisent pas. Chaque forêt constitue un cas particulier, dont la valeur dépend d’abord du stock de bois sur pied, de la dynamique de croissance, des essences, de la structure des peuplements, de la qualité de la gestion passée, et bien sûr de la localisation.

Plus encore, nous demeurons attaché à la réalisation d'un travail d'expertise, reposant sur des travaux d'inventaires robustes et vérifiables. Dans un marché tendu, l’analyse technique constitue donc l’élément central de toute stratégie d’acquisition et justifie le recours à des évaluations professionnelles rigoureuses.

 

VII - PERSPECTIVES 2025-2026

Finalement, notons que la dynamique de long terme reste favorable. Les prix ont progressé de près de 40 % en dix ans, et de plus de 120 % depuis la fin des années 1990. Les fondamentaux demeurent solides : résilience des prix du bois, demande structurelle pour les matériaux biosourcés, valorisation croissante des services environnementaux, et attrait patrimonial stable.

Les perspectives pour 2025 s’orientent vers une stabilisation : les volumes de transaction devraient rester élevés, les prix dépendront fortement de la qualité et de la localisation et le marché continuera d’être tiré par un débalancement croissant entre l’offre, restreinte, et la demande, grandissante.

L’année 2026 pourrait constituer un point d’inflexion.

Deux scénarios se dessinent :

– Soit la stabilisation actuelle se confirme, dans un marché arrivé à maturité. L’évolution du prix des forêts sera alors influencé par celui du chêne, essence dominante dans les peuplements français. Or, les cours du chêne ont connu une baisse notable ces deux dernières années, ce qui laisse anticiper un ajustement possible des valeurs forestières.

– Soit une nouvelle phase haussière s’amorce, portée par la rareté croissante de l’offre, l’essor des marchés environnementaux et une demande institutionnelle toujours soutenue

 

En conclusion, malgré des ajustements ponctuels et des écarts méthodologiques entre indicateurs officiels et données terrain, l’ensemble des signaux converge : la forêt française demeure un actif résilient, rare, à forte valeur patrimoniale et en phase avec les transitions économiques et écologiques en cours. Pour les investisseurs recherchant sécurité, diversification et impact environnemental, elle s’impose plus que jamais comme une classe d’actifs d’avenir.