Passion Forest

Note sur le chêne

- Une réflexion sur l'essence reine des forêts française, par Benoit Loiseau.

Voilà un sujet qui passionne: le chêne français, son exploitation, sa transformation, son exode parfois (trop) loin de nos forêts...?
Vouus trouverez ici une synthèse de nos récentes discussions entre propriétaires, investisseurs, industriels et nos experts du Comité des Forêts.

L’export des grumes de chêne français vers l’étranger cristallise actuellement toutes les passions. L’image terriblement symbolique de chênes français exportés enChine met le doigt sur la désindustrialisation de notre pays. Si la part de chênes exportés représente 20 % de la production, il faut nuancer l’impact en rappelant que les belles qualités de chêne, notamment le merrain, les plots, restent et sont transformés en France et que ce savoir-faire typiquement français, est parfaitement valorisé en Europe.
Par Benoit Loiseau

Les critiques adressées à l’export semblent oublier les services considérables rendus par celui-ci en situation de crise. Ne nous y trompons pas et rappelons-nous que les exportations ont débuté en réaction à la mévente permanente et stable des qualités secondaires. C’est, d'une certaine façon, de notre incapacité à transformer les produits qui sortent de notre forêt qu’est né ce courant.

Comment reprocher aux propriétaires d’avoir pu enfin rééquilibrer leurs comptes avec la vente de bois dont ne voulait pas notre première industrie de transformation ?

Qu’aurions-nous fait de nos chênes après la tempête de 1999 tandis que le marché européen était entièrement saturé ?

La question se pose aussi pour les sapins de Vancouver, les frênes décimés par le chalara, les millions de mètres cubes d’épicéas décimés par les scolytes. Ces aspects positifs de l’export sont entourés d’un silence médiatique absolument étourdissant.

LA CHINE SERAIT-ELLE RESPONSABLE DU DÉCLIN DE NOS SCIERIES ?

La contraction du tissu industriel des scieries françaises est beau- coup plusancienne que le démarrage de l’export vers la Chine.
Il y avait 15.000 scieries en 1960, 5000 en 1980, 1500 aujourd’hui. Les difficultés économiques de la scierie française n’ont donc pas commencé avec l’export vers les pays émergents. L’évolution récente des prix du chêne ne peut pas être tenue seule responsable des difficultés récurrentes des scieries : en € constants, le prix du chêne n’avait fait que baisser pendant plus de trente ans, et les hausses récentes, tirées par l’export et concentrées sur les qualités secondaires de chênes, ont sans doute été brutales pour l’aval de la filière, mais elles n’ont pas encore permis de rattraper le niveau des années 1980.

Il faut rappeler que le chêne est une essence très exigeante en travaux et peu productive en volume. Comment demander à des propriétaires privés d’investir de telles sommes sur une telle durée sans espoir de valoriser les produits à un niveau élevé et de financer leurs plantations par des ventes de bois qu’ils vendent actuellement à des prix corrects et même élevés ?

QUEL EST L’AVENIR DU MARCHÉ DE CETTE ESSENCE ET DES SCIERIES FRANÇAISES ?

Le monde entier est engagé dans une croissance économique dont l’ampleur interroge l'avenir: l’accès aux matières premières et les problèmes de pollution risquent de peser fortement sur les économies.
Le bois répond parfaitement à ce double enjeu d’avenir car il conjugue la production durable d’une matière première noble et la fixation de carbone.

Nous n’avons donc pas d’inquiétude à nous faire sur la commercialisation à long terme du bois qui a un magnifique avenir devant lui. Nous pouvons cependant craindre l’avenir pour les scieries qui ne seront pas assez modernes, pas assez compétitives. Nous assistons aux malheureuses conséquences de notre désindustrialisation.

Il est injuste de faire porter aux seuls propriétaires de forêts le prix d’une évolution de nos sociétés. A l'inverse, il semble urgent de sauver nos scieries françaises et il nous tarde tous de retrouver des scieurs capables de transformer l’ensemble des bois que nos forêts produisent.

Nous attendons de l’État, qu’il soit au côté des scieries pour les aider dans cette mutation relativementbrutale, mais stratégiquement fondamentale pour un pays comme le nôtre si riche de forêts et particulièrementde chêne plutôt que dans une attitude protectionniste.

Nos forêts, nos chênes, ont donc de l’avenir, mais cela passe par des solutions plus innovantes et courageuses qu’un brouhaha médiatique.