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Les forêts françaises face au changement Climatique Rapport - Juin 2023
© Académie des Sciences - Institut de France

Les forêts françaises face au changement climatique

- Académie des sciences - Institut de France

Rapport du Comité des sciences de l'environnement de l'Académie des sciences, et points de vue d'Académiciens de l'Académie d'Agriculture de France: 

Dans ce rapport, l’Académie des sciences dresse un état des lieux des forêts françaises qui met en évidence la diminution du puits de carbone forestier depuis une dizaine d’années, en analyse les causes et propose des recommandations pour toute la filière, y compris en terme de gestion forestière. 


"Les forêts françaises couvrent 31% du territoire métropolitain. Elles contribuent de multiples façons au bien-être humain (production de bois, purification de l'air et de l'eau, maintien des sols, habitats pour la biodiversité, alimentation, santé...) et participent aux objectifs de Développement Durable fixés par l'ONU. En particulier, la France s’étant engagée à atteindre la neutralité carbone dès 2050, le rôle de puits et de stockage de carbone des forêts est considéré comme un élément majeur de sa Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC)."

Un constat étayé : Les forêts sont des puits de carbone naturels et limités

À l’instar des océans, les forêts font partie des principaux puits de carbone atmosphérique à l’échelle globale, ces réservoirs -naturels ou artificiels- qui stockent le CO2 en dehors de l’atmosphère. Elles soustraient du dioxyde de carbone à l’atmosphère grâce à la photosynthèse puis le stockent dans le bois et dans les sols. Le CO2 y est "piégé" pendant plusieurs dizaines ou centaines d’années selon le monde d’exploitation des forêts et le devenir du bois récolté.


Forêts françaises et Stratégie Nationale Bas Carbone 

L'Académie des Sciences atteste du rôle majeur des forêts dans la Stratégie nationale bas carbone, feuille de route de la France pour lutter contre le changement climatique et met en garde sur la diminution de la séquestration du carbone:
"Cette dernière, qui donne des orientations pour mettre en œuvre, dans tous les secteurs d’activité, la transition vers une économie bas-carbone, circulaire et durable, définit une trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre jusqu’à 2050, avec un double objectif : atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 et réduire l’empreinte carbone de la consommation des Français.
Or, le puits forestier a fortement diminué ces dernières années sous les effets conjoints de l’augmentation des prélèvements et du changement climatique. La séquestration de carbone a diminué d’un quart depuis 10 ans. 
Les derniers bilans de l’Inventaire forestier national et du Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique (CITEPA), ainsi que les projections réalisées sur l’évolution du puits et du stock de carbone en forêt, suggèrent que les objectifs gouvernementaux de lutte contre le changement climatique ne pourront pas être tenus et doivent être révisés."


Parmi les pratiques forestières retenues:


Nous avons consulté avec intérêt les recommandations pour la recherche, la gestion forestière, la filière bois et les politiques publiques qui émanent de cette étude qui indique "qu'il apparaît urgent d’adopter des pratiques qui permettent à la fois de gérer la pénurie en eau et les autres effets du changement climatique, d’optimiser la séquestration et le stockage de carbone tout en préservant les autres contributions des forêts y compris la production de produits bois à plus longue durée de vie, et d’augmenter le potentiel d’adaptation des forêts. Il apparaît crucial que ces pratiques soient diversifiées à l’échelle régionale, adaptées au contexte socio écologique local, et surtout flexibles. Enfin, il paraît important d’avoir une approche intégrée et dynamique tenant compte de l’évolution des stocks de carbone et des autres contributions des forêts, ainsi que du devenir des produits bois dans la biéconomie, en incluant les exports et imports."

  • La sylviculture à couvert continu et le balivage (tranformation de taillis en futaies) sont plébiscitées: 

"Ces pratiques permettent une gestion plus souple du peuplement, une meilleure maîtrise de la densité et de la composition, une meilleure régénération naturelle, une meilleure préservation du carbone dans les sols et des bois morts (véritables points chauds de biodiversité en forêt). Elles permettent également de garder des îlots de sénescence et de vieillissement pour préserver la biodiversité. A contrario, hors sinistres et dépérissement, il apparaét indispensable d’éviter les coupes rases autant que possible en raison de leurs impacts écologiques, paysagers et climatiques trop importants."

  • Augmenter la diversité des essences:

"afin de renforcer la résilience des peuplement face aux événements climatiques  (les options de mélanges les plus intéressantes étant la combinaison de feuillus et de résineux). Augmenter la diversité génétique au sein des peuplements, et éclaircir les peuplements le plus tardivement possible pour rendre la sélection naturelle plus efficace dans les jeunes stades. Introduire de nouvelles essences mieux adaptées aux nouvelles conditions lorsque les essences autochtones ne peuvent plus se maintenir, de façon expérimentale et contrôlée, et assortie d’une analyse de risque."

  • Maintenir quelques très vieux arbres:

"(>150 ans) car au-delà des habitats qu’ils offrent à la biodiversité, ils représentent un patrimoine biologique à préserver et sont porteurs d’une diversité génétique utile pour adapter les populations au changement climatique"



... (lire ici l'ensemble des préconisation en terme de gestion forestières)
Source: https://www.academie-sciences.fr/fr/Communiques-de-presse/communique-de-presse-foret-et-changement-climatique-menace-sur-le-puits-forestier-francais.html

 

Le Comité des Forêts a fait siennes - de longue date - ces pratiques forestières et peut attester de la résilience des forêts conduites en sylviculture irrégulière. Si vous souhaitez participer à une formation au balivage n'hésitez pas à vous inscrire au prochain "Comité des Baliveaux" prévu le 14 octobre 2023.